Quoi de neuf ?

lundi 24 octobre 2016

''Renommer'' de Sophie Chérer

Il y a deux ans, nous avons eu la joie d'accueillir Sophie Chérer à l'école, dans le cadre des AIR (qui se sont désormais détournés du primaire pour s'orienter vers le collège... Sniff...) Un des intérêts d'une classe de cycle, enfin... de CE2-CM1-CM2 est l'inscription dans le temps, si bien qu'une partie des élèves toujours présents ont vécu cet événement, ceux venus l'année suivante se sont réjouis de découvrir le nouveau roman "Mathilde fait un tabac", et ceux arrivés cette année bénéficient des souvenirs mêlés de ces deux expériences (sans compter les ouvrages de Sophie Chérer, toujours disponibles dans la classe).

Voici que sort, ces jours-ci, un essai de l'auteure, illustré (excusez du peu) par Philippe Dumas. J'ai eu le plaisir d'en recevoir un exemplaire dédicacé. :o)


Cliquez pour retrouver l'ouvrage sur Decitre.fr

- De quoi s'agit-il ?
- Des mots.
- Des mots ?
- Oui, des mots.
- Mais, 276 pages sur les mots, n'est-ce pas un peu beaucoup (Jean-Paul Sartre lui-même n'a tiré que 210 pages sur le sujet, et encore, en parlant de son enfance au milieu) ?
- Certainement pas. Tout d'abord il y a les illustrations de Philippe Dumas, qui donnent de belles couleurs aux-dits mots, et puis, des mots, il y en a beaucoup.
- Sont-ce des mots compliqués ?
- Il y a bien "épitrochasme" ou "homéotéleute" (p.186), mais la quasi-totalité des mots évoqués font partie de notre vocabulaire courant.
- Si ce sont des mots de tous les jours, nous les connaissons déjà. Alors à quoi bon lire un livre dessus ?
- Eh bien, justement, parce que ces mots ont une histoire, et que celle-ci les dote d'un sens et d'une valeur que nous méconnaissons bien souvent. Nous prenons pour synonymes des termes qui n'en sont pas.
- Auriez-vous des exemples en tête ?
- De nombreux... J'imagine que, pour vous, une condamnation "symbolique" n'a que peu de poids...
- Effectivement...
- Qu'avoir un emploi ou un métier, c'est peu ou prou la même chose.
- Ce n'est pas faux...
- Qu'un supérieur hiérarchique a finalement le droit de vous pourrir la vie...
- Malheureusement, n'est-ce pas quelque part sa fonction ?
- Je ne saurais vous conseiller qu'une chose : précipitez-vous sur "Renommer", délectez-vous des sept grands thèmes qui le composent (nature, noms propres, sentiments, économie, société...), prenez le temps de le lire comme on a pris du temps pour l'écrire : lentement. Amoureusement. Énergiquement. Vous en éprouverez le besoin de reprendre en main votre vocabulaire. Vous ne verrez plus la langue de bois des politiques du même œil. Vous adorerez les citations qui introduisent chaque chapitre. Vous vous passionnerez pour l'étymologie. Et, surtout... surtout...
- Surtout quoi ?
- Vous parviendrez peut-être à échapper à la mellonalgie.
- La quoi ?
- La mellonalgie.
- Qu'est-ce donc que cela ?
- Lisez l'ouvrage, vous dis-je.
- Je m'en fous, j'ai mon smartphone et "GIYF"... Ah ben non... Je ne trouve rien. Je peux commander l'ouvrage sur Amazon ?
- Si vous voulez vraiment faire plaisir à l'auteure, passez plutôt un coup de fil au libraire de votre quartier. Ces mots-là, ils faut les choyer, pas les faire naviguer entre deux prospectus...

Quelques morceaux choisis :

"Mal nommer un objet, c'est ajouter au malheur de ce monde (Albert Camus)" (p.22)

"À la Renaissance, du XIVe au XVIIe siècle, croître et végéter signifiaient à peu près la même chose." (p.45)

"Si l'on en croit l’étymologie, il est difficile d'être content tout seul. [...] Et il est plus impossible encore de rester désolés à plusieurs." (p.96-97)

"Dans le temps, même le futur était mieux. (Karl Valentin)" (p.104 sur la mellonalgie)

"Si vous voulez accomplir un geste symbolique, ne brûlez pas le drapeau, lavez-le. (Norman Thomas)" (p.113)

"Dans l'Antiquité, le symbole désignait quelque chose de très concret, un objet coupé en deux, un jour, par deux amis, pour être partagé. Un morceau de bois dont les descendants respectifs et successifs des deux familles se transmettaient chaque moitié, pour marquer leur alliance ancestrale. Quand deux de leurs membres se retrouvaient au même endroit, au même moment, ils joignaient les deux bouts et le symbole pouvait reprendre sa forme initiale, son intégrité, sa force. [...] Les gestes et les actions authentiquement symboliques ne divisent pas, ils unissent. Ils ne séparent pas, ils réconcilient. Ils n'accumulent pas de barrières ni de murs, ni de barbelés, ils trouvent un terrain d'entente. Ils frappent les esprits, jamais les corps. Si la somme d'argent infligée à titre de peine par le tribunal est dite "symbolique", ce n'est pas en raison de sa modicité, c'est parce que les juges considèrent qu'elle va suffire à faire renouer le coupable avec sa victime, ou, encore mieux, avec la société tout entière." (p.113-117)

"Un sacrifice digne de ce nom engage l'être entier, corps et âme, corps et biens. Il ne saurait être imposé de l'extérieur. Sa décision est une adhésion, un élan qui ne peut surgir que du fond de la conscience." (p.151)

"Il vit une bête munie de tentacules cracher de l'encre, ce qui lui fit penser à son écritoire, en latin le
calamarius, et à ses calames, les roseaux à écrire qui crachotaient parfois de l'encre et faisaient des taches partout, aussi appela-t-il l'animal calamar." (p.157)

"École : du grec
skhole, arrêt, relâche, trêve, repos, loisir, temps libre. [...] Vous pensiez que l'école des loisirs, le nom de l'éditeur de ce livre, était un oxymore ? Eh bien non, c'est un pléonasme. Et c'est l'expression "école de commerce" qui constitue un parfait oxymore." (p. 195-196 negotium : non-loisir, négation du temps libre, donc occupation, affaire)

"Frappes chirurgicales : celle-là est particulièrement odieuse. Inventée par l'armée américaine dans le but de nous faire croire que les bombardements de civils peuvent être propres, précis, silencieux et sans douleur, comme sous anesthésie. Sans une goutte de sang qui coule, peut-être aussi, tant qu'on y est ? Et puis, soyons fous, elles iraient jusqu'à guérir, ces attaques. Voilà un abus de langage qui mérite une bonne frappe chirurgicale (du grec
cheiros, la main), la seule qui vaille : une paire de claques." (p.228)

"A.V.I.O.N. : Appareil Volant Imitant l'Oiseau Naturel" (p.241 véritable acronyme inventé par Clément Ader)

"Les ordinateurs sont inutiles : ils ne donnent que les réponses (Pablo Picasso)" (p.244)

mardi 27 septembre 2016

Le tétra'aide dans La Classe

Dans le numéro d'octobre 2016 du mensuel La Classe, trois pages sont consacrées à l'utilisation du tétra'aide par Sandrine Dubois dans différents Instituts Médico-Éducatifs (IME) et aux changements qu'elle a pu observer dans ses classes après l'introduction de cet outil...




Le tétra'aide est téléchargeable et imprimable à partir de ce lien. :o)

jeudi 1 septembre 2016

Le fils de l'Ursari de Xavier-Laurent Petit

Bon, je m'étais résolu il y a quelques semaines à réduire mes achats de nouveautés de L'école des Loisirs... Les bonnes résolutions de juillet tiennent finalement plus longtemps que celles de janvier. Xavier-Laurent Petit vient donc mettre fin en beauté à ce vœu grâce à son Fils de l'Ursari, qui me permet de compléter sa bibliographie que j'essaie de tenir à jour. Une belle histoire qui traite du déracinement des Roms.

Ciprian est le fils d'un “Ursari”, un montreur d'ours itinérant. Avec sa famille, ils se trouvent contraints de s'exiler pour Paris, ville de toutes les promesses, qui deviendra également celle de grandes désillusions. Comment survivre et rapporter assez d'argent à la dangereuse mafia des passeurs ? Voilà qu'un beau jour, dans les jardins du Luxembourg, Ciprian assiste à une scène bien étrange, qui va le révéler à lui-même.

Le Fils de l'Ursari
Cliquez pour accéder au livre sur Amazon
(mais vous pouvez aller dans votre librairie préférée, c'est encore mieux).


Trois petits morceaux choisis :

"On avait le même âge, lui [l'ours Găman] et moi. Dix ans... Enfin... À peu près dix ans. Peut-être neuf, ou onze. Voire même douze. Chez nous, on ne se préoccupe pas trop de ces choses-là. Vera a à peu près l'âge de chercher un fiancé. Dimetriu a à peu près l'âge d'aller en prison si les policiers l'attrapent. Mammada a à peu près l'âge de mourir, et moi, j'ai à peu près l'âge de m'occuper de Găman." (p. 16)

"Les gens qui ont des maisons se méfient de ceux qui n'en ont pas. C'est pour ça qu'ils cassent celles qui sont vides et dans lesquelles on pourrait s'installer. Pour être sûrs qu'on ne leur ressemble jamais." (p.97)

"Un couteau n'a pas à raconter son histoire, Ciprian. Lui seul sait à quoi et contre qui il a servi." (p.199)


Ah, oui, j'allais oublier : bonne rentrée ! :o)

mardi 2 août 2016

Miam !

Allez, histoire de changer un peu de la quasi-intégrale des polars de Michel Bussi auxquels je consacre une partie de mes lectures estivales, une récré en V.O., histoire de continuer à dérouiller un peu l'anglais que Vocable et les nouvelles bilingues hebdomadaires du Monde tentent d'entretenir tant bien que mal... :o)


Gasp ! 320 pages seulement... Sous forme de pièce de théâtre... Il va falloir le faire durer un peu ce Harry Potter 8 et son enfant maudit...

dimanche 15 mai 2016

Brûlure, caresse et noyade

Chouette, le Mourlevat 2016 est enfin sorti ! Après le succès (amplement mérité) de Et je danse, aussi, co-écrit avec Anne-Laure Bondoux, la barre était haute.

Et je danse, aussi
Cliquez pour accéder au livre sur Amazon
(mais vous pouvez aller dans votre librairie préférée, c'est encore mieux).

L'épreuve est réussie. On passe un très bon moment, en retrouvant, entre autres, le sens de la formule propre à l'auteur, et en s'interrogeant sur la façon dont l'intrigue va bien pouvoir se dénouer en si peu de pages (NB : contrairement à ce que pensent mes élèves, 218 pages, c'est peu...)

L'ouvrage (accompagné de quelques citations et des références musicales évoquées) est chroniqué dans la page dédiée à l'auteur...

Sa lecture restera, pour moi, marquée par une sacrée farce réalisée par un collègue et ami, qui a réussi à me faire croire (faux courrier à l'appui) que, parce que j'avais habilement réussi à me procurer l'objet dans la "grande distribution" la veille de sa sortie officielle (on est fan ou pas...), j'allais avoir des soucis avec la DGCCRF. Je n'ai pas marché, j'ai couru ! :o)

Que sont mes amis devenus
Que j'avais de si près tenus
Et tant aimés
Ils ont été trop clairsemés
Je crois le vent les a ôtés
L'amour est morte
Ce sont amis que vent me porte
Et il ventait devant ma porte
Les emporta

Avec le temps qu'arbre défeuille
Quand il ne reste en branche feuille
Qui n'aille à terre
Avec pauvreté qui m'atterre
Qui de partout me fait la guerre
Au temps d'hiver
Ne convient pas que vous raconte
Comment je me suis mis à honte
En quelle manière

Que sont mes amis devenus
Que j'avais de si près tenus
Et tant aimés
Ils ont été trop clairsemés
Je crois le vent les a ôtés
L'amour est morte
Le mal ne sait pas seul venir
Tout ce qui m'était à venir
M'est advenu

Pauvre sens et pauvre mémoire
M'a Dieu donné, le roi de gloire
Et pauvre rente
Et droit au cul quand bise vente
Le vent me vient, le vent m'évente
L'amour est morte
Ce sont amis que vent emporte
Et il ventait devant ma porte
Les emporta

Rutebeuf (1230-1285)

jeudi 16 avril 2015

Parution de N'Autre école n°39 "Lire et s'affranchir..."

Ah, il s'est fait attendre, ce numéro 39... Sitôt l'a-t-on en main que l'on comprend que quelque chose a changé... Je ne m'y connais pas suffisamment en papeterie pour dire quoi, mais il est certain que le grammage, le plumage, le glaçage et plein de rimes en _age ont été revus et améliorés (tout en bénéficiant d'une certification de gestion durable des forêts). Ce n'est pas que la CNT s'embourgeoise (il ne manquerait plus que ça...) mais l'équipe de rédaction nous explique dans l'édito que la revue, dont les qualités sociales et pédagogiques sont reconnues bien au-delà des cercles syndicaux, se trouve à un tournant de son histoire. En gros, doit-elle fusionner, ou pas, avec le site ami "Questions de classe(s)" ? La réponse sera vraisemblablement apportée par le prochain numéro... En tout cas, je vote pour le maintien de cette évolution qualitative du support... ;o)

Comme ses grands frères, ce numéro est librement consultable en ligne.


Cliquez sur la couverture pour consulter la version numérique et ici pour voir tous les numéros.

Comme d'habitude, il y a du contenu. J'ai particulièrement apprécié l’interview de Ruwen Ogien, qui apporte un regard critique sur le projet de "rétablissement de la morale à l'école" et sur les motivations réelles que l'on peut lui prêter.

Le "gros" dossier qui donne son titre au numéro porte sur les dimensions sociales et politiques de la lecture. Il y est, entre autres, question de l'ouvrage d'Anne-Marie Chartier "L'école et la lecture obligatoire" qui pointe un des (nombreux) paradoxes scolaires. Dossier dans le dossier, la question des manuels scolaires (p.22 à 27) mérite une attention toute particulière.

Bon, le tableau dressé par ces articles n'est pas idyllique... Mais n'est-ce pas le prix à payer pour arriver à réfléchir un peu dans un monde grignoté par la "com' " (y compris institutionnelle) ?

Je me permets une petite lueur d'espoir : les stations de ski françaises ont convié des représentants de l'Education nationale à la réunion de détermination des futures dates de vacances scolaires. Limite qu'elles auraient envisagé de tenir compte des rythmes d'apprentissage des élèves si cela avait comporté un quelconque intérêt économique. On est en bonne voie.

mardi 17 mars 2015

Le feuilleton d'Ulysse de Muriel Szac

Aaaah, enfin ! Plein de bonnes lectures au courrier ces trois derniers jours (j'ai réussi à choper la factrice qui ne parvient jamais à trouver l'entrée de l'école, à la différence des 250 élèves, avant qu'elle dépose en douce son mot habituel "absent" dans la boîte aux lettres... Gnarf !).

Le feuilleton d'Ulysse ! Ce n'est pas faute d'avoir attendu... L'ouvrage, sitôt paru, est déjà en rupture de stock chez Amazon, ce qui est de bon augure. La préface de Serge Boimare nous assure que ce roman est dans la lignée de ses deux grands frères... La présentation dans la classe, avec les souvenirs émerveillés des aventures d'Hermès et de Thésée, que les élèves se sont transmis ou remémorés, fait que la lecture collective n'attendra finalement pas l'année prochaine. C'est soit ça, soit un lynchage de l'enseignant. Bon, voilà donc un projet de fiches qui s'ajoute à tout le reste : je ne suis pas certain de pouvoir le mener à bout sur la durée cette année...

Une seule mauvaise nouvelle : malgré ma supplication adressée en voix propre à l'auteure (dont je croyais qu'elle avait été entendue), toujours pas de léger retrait en début de paragraphe, ni de saut de ligne entre deux d'entre eux... On reste dans les gros aplats de texte rectangulaire qui n'aident pas, mais alors pas du tout au repérage. Et je ne parle pas du refus d'aller à la ligne pour les dialogues, qui enchaînent ainsi les guillemets fermés puis ouverts, au mépris des règles typographiques de base. Peut-être un prélude au prochain ouvrage de Serge Boimare : Ces enfants empêchés de lire ! Snifff... Et honte jusqu'à la huitième génération au maquettiste de Bayard Jeunesse ! Trois titres qu'il rend ainsi inaccessibles aux petits lecteurs.

Le feuilleton d'Ulysse
Cliquez pour accéder au livre sur Amazon.

Voici le sommaire du Feuilleton d'Ulysse :
1 Où Ulysse voit surgir de la mer un premier danger
2 Où Ulysse rencontre plus rusé que lui
3 Au cours duquel se joue le destin d’Ulysse
4 Où le couple d’Ulysse et Pénélope se soude à jamais
6 Où Ulysse endosse sa mission de chef de guerre
6 Où Ulysse doit faire ses preuves
7 Au cours duquel Ulysse utilise sa ruse avec succès
8 Où Ulysse se découvre une mystérieuse alliée
9 Ce qui, pendant ce temps, se trame sur l’Olympe
10 Où il est question d’un berger nommé Alexandre
11 Où les dieux s’en remettent au jugement d’un petit berger
12 Où l’on assiste à une bien étrange naissance
13 Au cours duquel un bébé change de prénom
14 Où Alexandre redevient Pâris
15 Où deux êtres sont en mal d’amour
16 Où l’on comprend enfin les causes de cette guerre
17 Où Ulysse est chargé d’une mission peu glorieuse
18 Où se joue le destin d’Iphigénie
19 Où la déesse Artémis montre qu’elle a du cœur
20 Où une guerre commence par une terrible prophétie
21 Où l’on retrouve Hélène à Troie
22 Où l’ambassade de la dernière chance échoue
23 Où l’on découvre que l’amour peut fleurir au cœur de la guerre
24 Au cours duquel une pluie de flèches décime le camp des Grecs
25 Où Agamemnon se comporte en tyran capricieux
26 Où Achille laisse couler ses larmes pour la première fois
27 Où Ulysse aux mille ruses tente d’infléchir le cours de la guerre
28 Au cours duquel Ulysse et Hector se découvrent une réelle sympathie
29 Au cours duquel Ménélas et Pâris se battent en combat singulier
30 Où Ulysse rassemble des amoureux
31 Où Achille refuse de reprendre le combat
32 Où le sage Ulysse commet une vraie folie
33 Où l’on voit que l’audace peut vaincre tous les obstacles
34 Où un petit garçon a peur de son père
35 Au cours duquel la fièvre dévore Ulysse
36 Où un père supplie Achille de lui rendre le corps de son fils
37 Où Achille est victime de son talon
38 Au cours duquel Briséis est inconsolable
39 Au cours duquel surgit un mystérieux cheval
40 Qui voit se réaliser la ruse d’Ulysse
41 Où Ulysse reprend la mer
42 Où la mystérieuse plante de l’oubli menace Ulysse
43 Où le souvenir d’un père est menacé d’oubli
44 Où Ulysse est piégé par sa curiosité
45 Où Ulysse fait connaissance avec le cyclope
46 Au cours duquel Ulysse aux mille ruses gagne une partie
47 Où la vanité d’Ulysse lui fait commettre une très grosse erreur
48 Au cours duquel la fin de l’errance se profile
49 Où Ulysse fait la douloureuse expérience de la trahison
50 Où Ulysse perd tous ses navires, sauf un
51 Où des fauves se prennent pour des agneaux
52 Qui voit apparaître une magicienne sur la route d’Ulysse
53 Où la situation tourne à l’avantage d’Ulysse
54 Au cours duquel Circé envoie Ulysse aux Enfers
55 Où Ulysse s’approche des Enfers
56 Dans lequel Ulysse voit son destin en face
57 Au cours duquel Ulysse fait une rencontre bouleversante
58 Où l’on assiste à une grosse colère de Télémaque
59 Où Ulysse rencontre des morts illustres
60 Qui voit le retour glorieux d’Agamemnon à Mycènes
61 Où un petit garçon s’échappe
62 Où l’on assiste à une terrible vengeance
63 Où l’on revoit un petit garçon devenu grand
64 Au cours duquel un frère et une sœur se retrouvent
65 Où Oreste revoit sa mère
66 Où le destin tragique d’une famille se poursuit
67 Où Ulysse retourne chez Circé
68 Où le chant des sirènes menace Ulysse
69 Quand Ulysse échappe in extremis aux chanteuses
70 Au cours duquel Ulysse va de Charybde en Scylla
71 Où l’on assiste au vol des bœufs du Soleil
72 Où Ulysse se retrouve totalement seul
73 Où Ulysse croise la route de Calypso
74 Où le héros renonce à l’immortalité
75 Quand un fils part à la recherche de son père
76 Où Télémaque arrive à Sparte
77 Au cours duquel Télémaque obtient des nouvelles
78 Où Ulysse devient un véritable naufragé
79 Où une fille de roi recueille un naufragé
80 Où Ulysse verse des larmes
81 Dans lequel la vérité est bonne à dire
82 Où Ulysse rentre enfin à Ithaque
83 Où l’on assiste aux retrouvailles d’un fils et de son père
84 Où un mendiant arrive au palais d’Ulysse
85 Quand les lois de l’hospitalité sont bafouées
86 Au cours duquel quelqu’un d’autre reconnaît Ulysse
87 Au cours duquel Pénélope discute avec un étrange mendiant
88 Où la destinée de Pénélope dépend d’un arc
89 Au cours duquel un mendiant redevient roi
90 Qui voit la vengeance d’Ulysse s’accomplir
91 Où un homme et une femme hésitent à se retrouver
92 Où deux moitiés d’orange se réunissent
93 Où le récit peut enfin exister
94 Où un fils retrouve la maison de son père
95 Où les familles des prétendants crient vengeance
96 Où une vraie paix s’instaure sur Ithaque
97 Où Ulysse repart pour accomplir son destin
98 Où commence une longue marche
99 Qui voit une rame changer de fonction
100 Quand Ulysse et Pénélope se choisissent une patrie

jeudi 5 mars 2015

"Le Passage du Diable" d'Anne Fine

Dans l'abonnement Médium de L'école des loisirs se trouvait cette année Le Passage du Diable d'Anne Fine. Cette auteure, nous la connaissons pour sa série du "Chat assassin" (illustrée par Véronique Deiss, qui donne également un visage aux "Mathilde" de Sophie Chérer), laquelle a pour particularité, trouvé-je, de se lire désagréablement à l'oral, alors qu'elle est réjouissante à l'écrit... Hors du domaine scolaire, Anne Fine est connue pour son Mrs Doubtfire, porté à l'écran en 1993 sous les traits de Robin Williams.

Lorsque j'ai reçu la "livraison" de nos abonnements de mars, j'ai pris les ouvrages pour les feuilleter rapidement, avant de les couvrir. Bon, je ne les ai pas couverts tout de suite : au bout de 60 pages de lecture de celui-ci, je me suis dit que j'avais fait plus que le feuilleter... Je me garderai de spoiler (un des extraits qui peut en dire un peu trop est signalé plus bas), mais voici en quoi consistent les toutes premières pages de l'histoire, qui évolue rapidement.

Le jeune Daniel Cunningham a vécu alité et enfermé depuis sa naissance. Sa mère, aimante et solitaire, prend grand soin de lui, mais le tient à l'écart du monde, ne cessant de lui répéter qu'il est malade. Voilà que le voisinage s'aperçoit de l'existence du garçon et décide d’intervenir. Le Dr Marlow parvient à entrer dans la demeure et à discuter avec Daniel. Celui-ci ne lui semble pas en si mauvaise santé que cela. Sa mère a-t-elle perdu la raison, ou bien fait-elle tout, comme elle le prétend, pour le protéger ?

Le Passage du Diable d'Anne Fine

Même si quelques pièces du puzzle semblent être assez repérables lorsque elles apparaissent, on passe un bon moment, pressés de connaître la suite. Le style de l'auteure et la qualité de la traduction de Dominique Kugler font que l'on ne voit pas passer les 300 pages. À noter pour une future réédition : une petite coquille en bas de la page 43.

Morceaux choisis :

"JUSQU'À CE QUE LE JOUR SE LÈVE POUR CHASSER LES OMBRES" (p.93)

[SPOILER : l'extrait suivant révèle un élément-clé de l'intrigue]
"Je balayai les alentours du regard. Il est vrai que l'endroit était paisible avec ses aulnes qui se balançaient dans le vent et les vaches qui broutaient imperturbablement. Je levai la tête. Des oiseaux sillonnaient le ciel où voguaient, très haut, des nuages d'été. Je compris que, toute l'année, la tombe de ma mère serait éclairée par le soleil du matin. Qu'elle serait protégée des vents mauvais. loin des routes et des sentiers, elle serait en paix." (p.94-95)
[SPOILER : fin]

"Comme je n'avais pas l'habitude de faire quoi que ce soit par moi-même, je restai assis là, empêtré dans mon apitoiement et mon angoisse, jusqu'au moment où je me posai cette question : que ferait Sophie dans une telle situation ?" (p. 127)

"Le bonheur ne laisse pas de marque, il n'y avait donc pas grand chose à raconter." (p.202)

"Quand on [lui] donne un bâton, on ne peut jamais savoir s'il va s'en servir pour faucher les mauvaises herbes ou pour tuer son meilleur ami." (p.205)

"Tu apprendras que bien souvent, lorsque les soucis frappent à la porte, l'amour prend la clef des champs." (p.232)

"Les passages du diable sont les chemins les plus ordinaires. Croyez-moi... Car le diable ne peut arriver à ses fins sans votre aide. Il ne triomphe que si vous lui ouvrez la porte." (p.289)

mardi 24 février 2015

Baby-sitter blues de Marie-Aude Murail

Émilien, 14 ans, a horreur des gamins... Mais il a également besoin de sous et, en dehors du baby-sitting, il ne voit pas trop comment en obtenir. Le voici donc qui s'improvise garde d'enfants et s'en tire suffisamment bien pour se construire une belle réputation. Mais, forcément, quand tout commence à aller bien, il faut que cela se passe mal... L'humour omniprésent rend le tout bien sympathique.

Attention : il s'agit là du premier épisode d'une série de sept... L'aventure ne s'achève donc que partiellement. Un lecteur averti en vaut deux...

Baby-sitter blues de Marie-Aude Murail

Morceaux choisis :
"Je sais bien que je l'énerve à réclamer tout le temps. Mais avec 15 euros d'argent de poche par mois, je suis le smicard du collège."(p.10)

" "Je vous ai laissé le numéro de téléphone du Samu, du commissariat, des pompiers, des transfusions urgentes, des ambulances et du centre anti-poison."
J'avais dans l'idée que Mme Grumeau n'était pas tout à fait en confiance.
" (p.14)

"Devant mon Royco minut'soup à la tomate, j'ai repris les hostilités.
- Le week-end, je peux bien faire du baby-sitting ?
- Et ton travail ? Et ton volley ?
- Alors c'est non ?
- C'est non.
Je me suis servi du poisson pané surgelé Findus et j'ai dit :
- Je m'en fous. Je ferai mon casse. Comme je suis très maladroit, on me chopera. Et penses-y : trois ans de taule, ça fera très mauvais effet dans mon dossier scolaire.
- Émilien, dit ma mère entre ses dents, tu es usant... et je suis polie.
J'ai pris des pommes noisettes surgelées Vico et j'ai dit :
- Il y a longtemps que j'aurais fait une fugue s'il n'y avait pas ta bonne cuisine pour me retenir, ma petite maman.
" (p.65-66)

"- Un père te ferait marcher droit, toi.
- Les absents ont toujours tort, répondis-je." (p.66)

"- C'est quoi, "ça" ? me dit-elle enfin.
Elle venait d'effleurer ma jour délicatement bleuie.
- Je me suis acheté un boomerang. Mais je crois que j'ai mal lu le mode d'emploi.
" (p.67)

"J'ai très vite compris en apercevant Amandine pourquoi on lui avait fait une telle réputation. Ma connaissance du cœur humain (et dans ce cas précis du cœur masculin) me conduisait à penser qu'Amandine ne piquait pas vraiment les copains des autres filles. Ils venaient tout seuls." (p.81)

"À force d'entendre parler de vous sans vous voir, dit la mère d'Amandine, on finissait par se demander si vous existiez.
- Ça ne m'étonne pas, répliquai-je, il y a des jours où je me pose la même question.
" (p.82)

"J'ai vidé le congélateur et je me suis fait un dîner énorme. Calmars frits, cheeseburger, pizza aux fruits de mer. Quand Martha est partie, ma mère m'a rejoint à la cuisine. Elle a ouvert le frigo.
- C'est vide ?
- J'ai tout mangé. Les adolescents privés d'affection se vengent sur la nourriture.
" (p.91)

"Je n'avais pas osé demander mon argent de poche ce mois-là. Les affaires de maman ne marchaient pas. Elle n'en parlait pas mais elle passait souvent la main sur son front.
Un matin, j'ai vu un relevé de compte bancaire qui traînait sur la table du salon. J'ai hésité. Je me suis demandé : est-ce que je ne veux pas savoir par discrétion ou par lâcheté ?
" (p.111)

lundi 23 février 2015

Le chemin de Sarasvati de Claire Ubac

Dans la collection Médium de L'école des loisirs, Claire Ubac (que nous rencontrerons aux AIR...) relate l'aventure d'Isaï et de Muragan, deux jeunes indiens que les péripéties de la vie vont placer sur les routes de l'Inde. On les accompagne sur le chemin menant à Bombay, où les mauvaises rencontres sont légion...

Le chemin de Sarasvati de Claire Ubac

À la fin de l'ouvrage, un petit glossaire reprend le vocabulaire spécifique. Morceaux choisis :

"Ici, à Yamapuram, on parle tamoul. L'hindi était notre langue secrète à toutes les deux. [...] Nous chantions toutes les deux continuellement en travaillant. Tante cobra ne se doutait pas que nous en profitions pour communiquer.
– Ne tourne pas la tête et ne me réponds pas, chantait maman. Va chez la voisine l'aider à coudre pour le mariage de sa fille. Garde le triage des pois pour cet après-midi. Ta tante sera chez la voyante ; je t'apprendrai un hymne à Krishna.
Un peu plus tard, je modulais à mon tour :
– Maman, cache mon bol de lait caillé, Selvin se réveille de sa sieste !
" (p.35)

"Les dieux récompensent toujours la persévérance ; le problème est de savoir quand et comment ils exaucent nos prières. Leurs solutions ressemblent parfois à celles d'un gamin étourdi." (p.40)

"Je serre la main de Muragan, aussi fort que je suis d'accord avec lui. Le monde a besoin d'obéissance, mais également de désobéissance. D'obscurité, comme de lumière..." (p.121)

"Le pays peut se réjouir : la mousson vient de commencer." (p.124)

"J'aide à descendre le ballot qu'une vieille femme me désigne. Une fois les pieds par terre, au lieu de reprendre son bien, la vieille m'intime du regard l'ordre de la suivre. Je retrouve les coutumes de la campagne auxquelles je suis habituée : toute grand-mère est la tienne quand elle a besoin de toi. J’obéis donc sans discuter." (p.174)

"Ses gestes sont lents et doux, comme si elle proposait une miette à un écureuil rayé." (p.185)

"Elle habite chez une tante et ses parents lui manquent sans doute, car, bien qu'elle fasse bon accueil aux plaisanteries de ses amies, son sourire ne parvient pas jusqu'à ses yeux." (p.206)

"Qu'est-ce qu'un détective, sinon un espion de moindre envergure ?" (p.220)

"En vérité, une émeraude placée au fond d'une poubelle ne perd pas sa précieuse couleur pour autant !" (p.221)

"[Petites annonces :] Recherche assoiffé pour repêcher ma cruche en cuivre au fond du puits en échange d'eau pure ; journaliste emprunte burka à une fille musulmane pour passer inaperçue... ; Chirurgien cherche chasseurs de mouches pendant ses opérations ; Échange la recette de la soupe à la tête de poisson contre les ingrédients." (p.257)

"Je goûte la paix de ce moment. Personne au monde ne sait que je suis là [...]. Je ne devrais même pas y être. Pourtant, sans pouvoir l'expliquer, je me sens à ma juste place, exactement. Je suis une fibre de cet immense sari déployé entre le loriot qui lance son trille et Muragan endormi près de moi. Je suis cette conscience éveillée dans l'Univers !" (p.261)

dimanche 15 février 2015

"Oh, boy !" de Marie-Aude Murail

Un des plus célèbres romans pour ados de Marie-Aude Murail (que nous rencontrerons aux AIR fin mai) relate les déboires de la famille Morlevent, dont le père est introuvable et dont la mère des trois derniers enfants vient de mourir. Siméon, qui doit passer son bac avec quelques années d'avance, Morgane dont les adultes oublient souvent qu'elle existe et Venise, adorable poupée de 5 ans, voient donc leur sort remis entre les mains de Laurence Deschamps, juge des tutelles qui tente de noyer son désespoir dans les tablettes de chocolat qu'elle dissimule tant bien que mal à l'intérieur des tiroirs de son bureau. Les seuls parents éloignés auxquels il est envisageable de confier la garde des enfants sont la peu sympathique ophtalmologue Josiane Morlevent et le guère fiable Barthélémy Morlevent, leur demi-frère, incapable de dire non à son petit ami Léo. Entre les deux, les trois enfants vont rapidement choisir... C'est sans compter le destin, qui s'acharne...

Oh, Boy ! de Marie-Aude Murail

Morceaux choisis :

"– C'est quoi, ce que vous faites ? demanda Bart.
Morgane expliqua :
– Nous prenons les décisions de cette façon.
– Impec, approuva Bart. Je peux participer ?
– Oui, dit Siméon. Mais les cons parlent en dernier.
" (p.62)

"Je vais te faire de la peine, Bart, mais tu n'es pas mon modèle dans l'existence." (p.93)

"C'était si proche, c'était hier. Les mots avaient encore l'air vivants." (p.119)

"[Nicolas] avait envie de penser aux Morlevent, à cette fratrie exceptionnelle et exceptionnellement frappée par le destin. Siméon. Il fallait qu'il passe son bac. C'était devenu important pour [Nicolas]. Il fallait l'amener jusqu'à cette victoire. Après ? Après... Nicolas savait qu'il y a des victoires sans lendemain." (p.145)

"– C'est une ponction de routine.
– On voit que vous êtes du bon côté de l'aiguille !
" (p. 151)

"Merci d'être entré dans ma vie sans crier gare. Merci d'en avoir changé le cours et de m'avoir changé." (p.173)

samedi 14 février 2015

Bonne nouvelle !

Voilà une couverture qui fait plaisir... Muriel Szac m'avait dit travailler dessus lorsque je l'avais rencontrée en mars dernier, à la Fête du livre de Bron. La sortie est prévue pour le 12 mars...

Le feuilleton d'Ulysse
Cliquez pour accéder au livre sur Amazon.

La Fête du livre 2015 de Bron devrait, elle, accueillir Florence Aubenas, Olivier de Solminihac, Valérie Zenatti, José Carlos Somoza (oui, l'auteur de la bouleversante Théorie des cordes – 5 ans après l'avoir lue, elle est encore dans mon Top 10 – ou de la géniale Caverne des idées !), notre cher Timothée de Fombelle... Bref, les 6, 7 et 8 mars prochains devraient être un régal !

mercredi 11 février 2015

"La célèbre Marilyn" d'Olivier de Solminihac

Notre abonnement Maximax de février est un court roman (72 p.) d'Olivier de Solminihac : La célèbre Marilyn.

Il n'y a qu'un garçon, dans sa classe, à faire attention à Marilyn. Le jour où il tombe malade, elle se rend compte qu'elle n'a pas d'ami. Qu'elle n'existe plus pour personne. Elle décide donc de remédier à cela en devenant célèbre.

La célèbre Marilyn

A-t-on besoin d'être célèbre pour exister ? (Tiens, ça me rappelle l'instance avec laquelle une journaliste de TF1 voulait venir faire un reportage dans notre école, sans parvenir à comprendre qu'en fait, nous, cela ne nous intéressait pas...) En cette période où la nabilasation (fait de devenir célèbre sans raison : "T'es une fille et t'as pas de shampooing ? Non mais allô, quoi !") est facilitée par Youtube, aborder ce thème (peu traité en soi dans la littérature de jeunesse, d'ailleurs) est salutaire. De bons échanges avec les élèves en perspective... D'autant que certains détails font mouche, comme le fameux "Lionel Hénon", joueur de foot de l'école à l'aura indescriptible qui est une marque à lui tout seul alors que les autres s'appellent simplement par leur prénom, ou encore la référence à "la classe dont on n'a jamais su le nom" (p.52).

Morceaux choisis :

"Comme j'avais faim, l'après-midi a été long. Ou l'après-midi a été longue, je crois qu'on peut dire les deux. De toute façon, j'avais tellement faim que l'après-midi a été à la fois long et longue." (p.16)

"– Tu crois qu'on peut exister sans rien faire ?
– Mmm... oui. Maintenant on ne fait rien. On existe quand même. Mais on ne peut pas exister tout seul. On doit exister pour quelqu'un.
– Tu existes pour moi, j'ai dit.
Elle a fait un mouvement de la tête, qui pouvait vouloir dire non.
– Ça ne suffit pas, a dit Marilyn. J'ai besoin de plus.
” (p.37)

"– Bonne nuit, chef.
– Attends, juste une question. Qu'est-ce qu'ils sont devenus, tous ces sports ?
– Devine, a dit papa.
Ce qui était la dernière chose à dire s'il voulait que je m'endorme. L'énigme est le contraire du sommeil. Conséquence, j'ai passé une partie de la nuit à me creuser la tête en nous imaginant, Marilyn et moi, gagner la Coupe du monde de trottinette américaine.
" (p. 40-41)

"Ce sont les vacances d'hiver, celles entre toutes que j'aime le moins parce qu'on ne va jamais au ski, parce qu'on ne va jamais nulle part en février, parce qu'il fait froid et moche, parce que ça ressemble à quand on est malade, en moins bien." (p.60)

dimanche 1 février 2015

"3000 façons de dire je t'aime" de Marie-Aude Murail

Le numéro de novembre dernier de l'abonnement Médium de L'école des loisirs consistait en ce beau roman de Marie-Aude Murail, auquel j'ai enfin pu me consacrer. Loin de ce que titre pourrait laisser craindre, nous avons là une belle histoire d'amitié et d'amour qui amène trois adolescents, Chloé, Bastien et Neville, à découvrir puis se prendre de passion pour le théâtre, sous la direction de Jeanson, leur professeur. De nombreuses citations, et quelques belles perles qui font éclater de rire rendent le tout particulièrement plaisant. On notera une bizarrerie dans la narration, qui alterne entre omniscience et première personne du pluriel.

3000 façons de dire je t'aime

Morceaux choisis :

"Elle en arriva un jour à citer le ténébreux psychanalyste Jacques Lacan :
- L'amour, c'est donner ce qu'on n'a pas à quelqu'un qui n'en veut pas.
- Eh bien, c'est gai, conclut Chloé." (p.27)

"Chloé, qui avait rêvé de faire pleurer ses parents en mourant sur scène, fut complimentée pour son talent comique par le jury du baccalauréat. Madame Gillain avait donc raison, la vie est un malentendu." (p. 28)

"Affalés dans un canapé, ses parents regardaient Jacques Villeret se démener au beau milieu du Dîner de cons. La tristesse saisit Bastien à la gorge sans crier gare. Il la délogea en secouant la tête et partit s'enfermer dans sa chambre. Il ferait rire. C'était sa vocation. Il ferait rire les gens fatigués qui s'affaissent le soir devant leur télé, la zapette à la main." (p.48)

"Il ne comprenait pas d'où lui venaient ces émotions. Étaient-elles contenues dans les mots couchés sur le papier ? Ou bien avait-il dans son cœur un réservoir de haine et de souffrance, quelque chose d'effrayant comme une envie de tuer ?" (p.62)

"– Je ne suis pas là pour vous tourmenter [leur dit leur professeur de théâtre] Enfin... si, un peu. Il faut bien que j'aille vous chercher où vous êtes. Les escargots, on les sorts avec une pique." (p.69)

"Neville jouait son rôle en restant sur place, semblable aux acteurs d'autrefois qui faisaient le sémaphore face au public, la main au front pour exprimer le désespoir, au cœur pour dire j'aime et au loin pour dire adieu." (p.115-116)

"- Il est amoureux de qui, Chérubin ? voulut savoir Clélia. De Suzanne ou de Fanchette ?
- Des deux, répondit Neville. Et de sa marraine, la belle comtesse.
- Mais on ne peut pas être amoureux de trois personnes à la fois ?
- Si. C'est la puberté.
- Ah ? fit Clélia, décidément intéressée." (p. 118)

"- Il faut que tu apprennes ton rôle.
- Je commence à le savoir, éluda Bastien.
Personne, pas plus Neville que Jeanson, ne le contraindrait à travailler. Ou ce serait l'effondrement de sa personnalité." (p.120)

"Nous étions pris de la même fatigue, nous nous sentions bien, la tête toute sonore de ces phrases que nous venions de dire et qui ne nous appartenaient pas." (p.134)

"Le monsieur de Bellac : Dites-leur qu'ils sont beaux.
Agnès : Leur dire qu'ils sont beaux, intelligents, sensibles ?
Le monsieur de Bellac : Non ! Qu'ils sont beaux.
C'était le secret. Dire aux hommes, à tous les hommes, y compris les laids, les bancals, les pustuleux, les huissiers, qu'ils sont beaux.
Agnès : Ils ne le croiront pas.
Le monsieur de Bellac : Tous le croiront. Ils le croient d'avance." (p.155 - extrait de L'Apollon de Bellac de Jean Giraudoux)

"Le lendemain, Bastien, qui avait à se faire pardonner, obtint l'adresse de Jeanson en usant de ses charmes auprès de la concierge du conservatoire.
- Et j'ai du mérite. J'aime pas trop la moustache chez une femme." (p.172)

"Mais tu n'es pas ton spectateur ! Tu dois t'observer de l'intérieur, pas de l'extérieur. Autrement, tu vas devenir comme ces acteurs qui font les mêmes gestes au même endroit à la même heure, qui gargouillent "arg" avant de mourir et se couvrent les yeux de la main pour indiquer qu'ils sont en train de pleurer. (p.179)

"– Ils sont partis. Je suis libre !
– Libre ? fit Neville en écho. On est toujours libre aux dépens de quelqu'un. C'est ennuyeux, mais c'est normal.
– C'est dans Caligula, expliqua Bastien à Chloé. Nous parlons le Caligula à longueur de journée." (p.200-201)

"Tu ne dois pas chercher en toi le texte, mais uniquement le sentiment qui te pousse à le dire. Que les mots te montent aux lèvres parce que tu ne peux plus les retenir." (p.209)

Si ça ne donne pas envie de se replonger dans ses classiques, tout ça... ;o) L'auteure, qui en est consciente, a gentiment regroupé les références en fin d'ouvrage.

mercredi 28 janvier 2015

''Histoires d'enfants à lire aux animaux'' d'Hervé Walbecq

Histoires d'enfants à lire aux animaux

Il est parfois des titres qui font mouche, et qui justifient d'eux-mêmes, d'avance, le contenu de leurs pages. Je range celui du recueil d'Hervé Walbecq, issu de la livraison de notre abonnement Maximax de février 2015 dans cette catégorie. Forcément, la question qui vient après est : l'ouvrage tient-il ses promesses ? Nous avons testé pour vous 3 des 20 histoires qu'il contient, au premier degré...


Les illustrations, originales et soignées, sont de l'auteur himself.

Histoires d'enfants à lire aux animaux

1 2 3 >