Il y a des petits plaisirs inattendus, comme d'entendre une nouvelle chanson de son chanteur ou sa chanteuse préféré(e) alors que l'on ignorait qu'un nouvel album était en préparation. Dans les librairies, c'est pareil... Voilà que L'école des Loisirs publie, en toute discrétion (aaargh ! J'ai pourtant une alerte Google sur cet auteur !) un recueil de nouvelles inspirées des fameuses planches de Chris Van Allsburg, qui sont devenues un support de choix dans l'incitation à l'écriture des élèves dans bien des écoles.

Les auteurs ? Bof, des gens pas très connus, sans doute avec des pseudos qui ne rencontreront jamais le succès : Lois Lowry (le grandiose Le Passeur !), Tabitha King, Stephen King (à L'école des Loisirs ! ;o) ), Louis Sachar (Le Passage !), Cory Doctorow (Little Brother), Chris Van Allsburg (parce que oui, l'auteur s'est permis d'écrire une histoire sur un de ses propres tableaux... Bref, "du lourd, du très lourd"...


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Les nouvelles sont variées, conséquentes (l'ouvrage fait plus de 300 pages), de bonne qualité, avec quelques agréables surprises. Les fameux tableaux de Harris Burdick sont insérés avant chacune, reproduits sur un papier un peu plus épais et un peu plus blanc que celui qui contient le texte. Les auteurs se sont pliés au jeu de conserver le titre et d'intégrer (parfaitement, il faut le reconnaître... on passe souvent dessus sans s'en rendre compte) la fameuse phrase qui accompagne chaque illustration. Bref, 17,50 € bien dépensés... :o) Voici quelques morceaux choisis...

"À cause de Timmy et de Tina, la maîtresse avait pleuré dans sa classe. Elle avait aussi pleuré dans sa voiture sur le chemin de l'école. Elle avait pleuré en se réveillant et en pensant qu'elle devait aller à l'école. Enfin, elle avait pleuré avant de s'endormir, le soir, en pensant qu'elle devrait se réveiller retourner à l'école." (p. 44)

"Pleurer un bon coup, ça peut être apaisant." (p. 141)

"Les amoureux des livres aiment les livres ! déclara sa mère. Le seul fait de les posséder semble produire chez eux une sorte d'exaltation." (p. 151)

"Nous sommes une espèce en voie de disparition, j'en ai bien peur." (p. 155)

"Laisse-moi te dire, t'avertir même, qu'il y a des livres qui sont comme les frégates, ils emportent merveilleusement l'esprit vers l'océan et les idées. Et puis, il y a des livres - quelques uns, je pense, qui absorbent davantage ton esprit que tu ne le souhaiterais, des livres qu'il vaut mieux ne jamais avoir lus, qu'il vaut mieux n'avoir jamais ouverts." (p. 159)

"Ce n'était pas comme son père, qui annonçait de temps en temps qu'il devait vérifier le kilométrage, les pneus ou la batterie de sa voiture, puis disparaissait dans le garage, où toute la famille savait qu'il allait fumer une cigarette interdite." (p. 171)

"Quand tu détacheras ton regard du papier peint, je te montrerai les montagnes, qui attendent, immobiles, derrière la fenêtre." (p. 199)

M'ont particulièrement plu les nouvelles "Un autre lieu, un autre temps" de Cory Doctorow (récit qui est un peu aux enfants ce que la géniale "Théorie des cordes" de Somoza est aux adultes), "La harpe" de Linda Sue Park (délicatement s'apaise le cœur sauvage...), la (prévisible mais bien menée) "Bibliothèque de M. Linden" par Walter Dean Myers, l'imprévu mais interpellant "Désert de Halloween" par M. T. Anderson (ou comment rendre un lecteur psychotique en 25 pages ! ;o) ), l'excellente nouvelle de Chris Van Allsburg "Oscar et Alphonse - la conjecture de Farkas" qui ne peut que faire rire de frustration, et, bien entendu, last but not least, "La maison de Maple Street" dans laquelle Stephen King nous prouve, une fois de plus, sa maîtrise totale du suspens par une montée en tension tout bonnement insupportable.

Me restent, une fois l'ouvrage refermé, trois questions :
- Pourquoi "La chambre du second" (édition portfolio de 2007) s'intitule-t-elle désormais "La chambre du troisième étage" ? Sans doute pour de tristes raisons de droits de traduction, quasiment tous les titres et les phrases d'accroche ont été triturés par rapport aux éditions précédentes. Traduttore, traditore !
- Pourquoi, justement, dans "La chambre du troisième étage", l'illustration de mon ouvrage est-elle à l'envers ? Il faudra que je retourne vérifier en librairie si c'est une bourde de l'imprimeur réalisée en série...
- Qu'est donc devenue la fameuse quinzième illustration, doublon d'"Échec à Venise", ajoutée au portfolio de 2007 ?

Le mystère persiste... L'enquête continue...